La place de l’autoproduction dans mes romans

Voilà un sujet que je voulais évoquer depuis un moment sur ce blog : la place de l’autoproduction dans mes romans. Quasiment toutes mes histoires abordent cette question, d’une façon plus ou moins évidente. Dans certaines, on devrait même parler d’autarcie, tellement mes personnages vivent de manière isolée. Il paraissait évident de vous expliquer pourquoi.

Un peu de définition

Comme d’habitude, avant de parler d’un sujet, commençons par le présenter.

Voici la définition de l’autoproduction que donne le dictionnaire Le Robert :

Production de biens ou de services pour soi-même.

Et voici celle de l’autarcie.

Situation d’un pays qui tend volontairement à se suffire à lui-même sur le plan économique. Doctrine qui préconise cette situation.

Concrètement, une communauté qui vit en autarcie ne consomme que ce qu’elle est en capacité de produire. Elle s’extrait de la mondialisation et n’a pas ou peu d’échanges commerciaux avec l’extérieur. Volontairement ou de façon subie. Cette définition centrée sur le domaine économique pourrait s’élargir à d’autres domaines. Si on vit en totale autarcie, pourquoi se soucier de ce vivent et font les voisins ? Cette posture oriente autant un mode de vie qu’un mode de pensée.

De ce point de vue, certaines de mes histoires conduisent mes personnages à évoluer dans un cadre autarcique.

Mais c’est surtout la place de l’autoproduction qui reste essentielle dans mes romans. Parce qu’elle occupe une partie de mes préoccupations personnelles. Je vous en dirais plus à la fin de ce billet.

La place de l'autoproduction dans les romans d'Amélie Haurhay
Image par Pexels de Pixabay

D’abord, penchons nous sur la place de l’autoproduction dans mes histoires.

La place de l’autoproduction dans mes romans

L’action du Mystère des Ghénas se situe dans une époque aux accents médiévaux. Il était logique d’avoir un village qui vivait entièrement de ce qu’il était capable de produire. Ici, la place de l’autoproduction est centrale, elle correspond à leur mode de vie. Mais j’ai introduit un aspect autarcique à ce mode de vie, en isolant le village des Ghénas du reste du monde. Ce village se trouve au cœur de la forêt, sans contact avec le monde extérieur. Cet isolement intrigue Azur, qui ne cesse de poser des questions sur ce qui existe ailleurs.

Dans Julia et Mrs Carpenter, la place de l’autoproduction est assez centrale. Le roman se passe dans une ferme biologique. Mrs Carpenter et sa tante Beth, les deux femmes qui ont géré la ferme pendant des décennies, ont toujours eu à cœur de ne rien perdre. Elles ont connu la faim – pendant et après la guerre – et connaissent la valeur de ce que la terre nous offre comme ressources.

Dans leur esprit, impossible d’oser gaspiller la moindre nourriture. Leurs réflexions, leur mode de vie et l’époque les amenèrent naturellement à exploiter tout ce que la ferme pouvait leur offrir. Et à transformer les fruits et légumes qui n’étaient plus tout à fait vendables en l’état. D’abord, pour leur propres besoins ; ensuite, pour l’activité de la ferme. Confitures, jus, tartes et autres préparations font partie des délices produits et vendus à la ferme du Rossignol.

Dans Le Dernier Refuge, les personnages qui vivent sous le dôme ont tout ce qu’il faut pour survivre. Et ça, depuis soixante ans. Les personnes qui ont créé le Refuge et qui ont contribué à la construction du dôme croyaient à un idéal, à une forme d’utopie. Rester autonome sur les besoins primaires quoi qu’il arrive. Pourvoir survivre quoi qu’il arrive. Ils ont installé toutes les techniques de production alimentaire possibles, exploitant les énergies renouvelables pour assurer l’autonomie de leurs installations.

Cette croyance se transforme en contrainte quand la catastrophe de 2025, celle qui entame le roman, oblige tous les résidents à rester définitivement cloîtrés sous le dôme. Un dôme protecteur qui assure leur survie face aux rayonnements solaires.

Pourquoi une telle présence ?

J’écrivais plus haut que l’autarcie peut conduire à se fermer totalement à ce que vivent les voisins. Un repli sur soi, en somme. Un comportement à l’opposé de l’ouverture d’esprit et de l’envie d’apprendre et de découvrir de nouvelles gens, de nouvelles façons de faire ou d’être. A l’opposé de l’envie de rencontrer de nouvelles personnes et d’établir de nouveaux liens.

L’ouverture aux autres et au monde caractérise pourtant mes romans.

Dans le Mystère des Ghénas, Azur est animée par une curiosité et un besoin de comprendre et de découvrir. Ce qui lui permettra de rencontrer Oraé, d’établir la communication avec lui malgré les difficultés et de réussir à résoudre le mystère qui entoure son peuple. J’évoque d’ailleurs ce sujet dans un billet consacré aux origines de mon premier roman.

Dans 6h66, où cette question de l’autoproduction ne se pose pas, Thomas, mon héros, pense que seul, on ne peut rien. Il n’imagine pas avoir son rôle à jouer. Sa rencontre avec un groupe d’activistes lui fera voir les choses autrement et l’ouvrira non pas aux autres, mais à cette part de son caractère qu’il ignorait jusque là. Une part de lui-même qui l’amènera à agir et à se battre. Pour les autres avant que ce soit pour lui-même.

Dans Julia et Mrs Carpenter, Julia parcourt le monde pour fuir son passé douloureux. Mais c’est par une vraie envie de découverte qu’elle s’installe et vit dans plusieurs pays différents. Et Mrs Carpenter, qui n’a plus quitté son village et sa ferme depuis des décennies, reste pourtant très au courant de ce qu’il se passe dans le monde. Et de pouvoir en discuter avec les hôtes étrangers accueillis à la ferme du Rossignol.

Dans Exploration, le premier tome de ma saga Le Dernier Refuge, il faut distinguer deux époques et deux souhaits concernant cette question.

Quand le grand-père de mes héros rejoint le Refuge en 2025, les personnes qui y vivaient déjà avaient choisi ce mode de vie en autarcie. Une autre façon de vivre dans ce monde en plein bouleversement. Le dôme lui-même fut construit non pas pour se couper du monde, mais pour protéger ses habitants. Se protéger impliquait de pouvoir se nourrir et survivre, quoi qu’il arrive. D’où un mode de vie basé sur l’autosuffisance, l’autoproduction et une indépendance totale envers l’extérieur, pour solidifier cette organisation.

Par contre, en 2085, période où se situe l’action du Dernier Refuge, mes personnages aspirent tous à une chose : sortir du Refuge et enfin vivre à l’air libre, sans aucune protection. Tous pour la même raison : retrouver une vie normale, comme celle que vivait leurs ancêtres.

Pour Ethan, le narrateur, c’est plus qu’un souhait ou une envie : c’est un besoin viscéral. Ethan veut explorer le monde. Il veut voir de ses propres yeux et vivre par lui-même ce qu’il a découvrir grâce au journal de son Grand-Père ou à tous les livres qu’il a lus. Sa curiosité naturelle le fait rêver à ce qu’il se passe derrière les parois du dôme. A imaginer ce que pourrait être sa vie quand il pourrait enfin partir à l’aventure.

En cela, il serait presque le pendant masculin d’Azur, l’héroïne du Mystère des Ghénas. Son frère Jayce n’éprouve pas le même besoin de partir découvrir leur environnement extérieur. Il ne redoute pas pour autant le monde qui les entoure, mais son souhait principal est de pouvoir enfin vivre sa vie comme il l’entend. Le lieu importe peu. Mais il garde sur les choses un regard ouvert.

Alors, pourquoi accorder l’autoproduction ou l’autarcie au centre de mes histoires, si je fais porter à mes personnages l’étendard de l’ouverture au monde ?

Parce que personnellement, j’oscille entre les deux.

L’ouverture au monde et aux autres est l’aspect de caractère que j’aime sans doute le plus chez les gens. Cette capacité à regarder les Hommes et les évènements avec un regard curieux, neuf, et désireux d’en savoir plus. Parce que moi-même, j’aime en savoir plus. Et mieux connaître les envies, souhaits et besoins des personnes qui m’entourent.

Mais cette ouverture ne doit pas nous aveugler sur les contraintes qui pèsent sur nous.

Voici d’ailleurs un paradoxe de mon écriture. Qui reflète l’un de mes propres paradoxes.

Mes romans reflètent ma vision positive de ma vie. Mon espérance en un avenir meilleur. Mais je reste lucide et attentive à toutes les menaces qui pèsent sur nous. Notamment sur le plan climatique. Un jour, nous connaîtrons véritablement un désordre mondial qui coupera les relations humaines et économiques auxquelles nous sommes habitués. Nous connaîtrons des famines.

Bref, des situations qui rendront notre survie alimentaire difficile, et dépendante de notre capacité à pouvoir être autonome. A l’échelle de chaque être humain comme à l’échelle d’une ville ou d’un pays.

Alors, nous devons nous tenir prêts. Pour être capable de nous adapter quand la situation se produira.

Voilà sans doute une fin de billet à laquelle vous ne vous attendiez certainement pas, amis lecteurs ! Je vous rassure, cet article n’avait pas pour but de vous miner le moral. Je souhaitais simplement partager avec vous certains de mes points de vue et certaines de mes convictions. Des choses qui guident mon existence. Et donc, mon univers d’autrice.


J’espère que ce billet vous a plu. Un billet au contenu un peu différent de mes publications habituelles. Mais qui vous explique encore plus mon univers. Si vous voulez en savoir plus sur ce qui m’anime en tant qu’autrice, inscrivez-vous à ma newsletter. Chaque mois, je partage des contenus exclusifs sur mon univers et les coulisses de mon écriture.

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