Ce nouvel entretien vous emmène toujours en Picardie, à la rencontre de l’auteur Lorant Fielder. Un auteur qui alterne entre écriture et art dramatique, et qui porte des messages forts dans ses romans.
Bonjour Lorant. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je me nomme Lorant Fielder, j’ai bientôt 60 ans et je vis dans l’Oise à proximité de Chantilly. J’ai débuté mon activité professionnelle comme pilote d’hélicoptères de combat dans l’armée de terre. J’ai ensuite accompli des missions de transport d’autorités sur avions. Après 17 années de service, j’ai été rendu à la vie civile où j’ai poursuivi ma carrière aéronautique. J’ai volé sur des jets d’affaires, des Falcon avec pour passagers de grands patrons, des vedettes du show-biz, des ministres ou chefs d’état. J’ai aussi effectué des missions de rapatriements sanitaires la plupart du temps en Afrique.

Enfin, j’ai achevé ce parcours professionnel par du transport régulier de passagers sur des lignes au profit d’Air France ainsi qu’au transport d’équipes sportives. Aujourd’hui je partage mon quotidien entre écriture et art dramatique où je me produis modestement comme comédien.
Depuis quand écris-tu ? Combien de romans as-tu publiés ?
Je voulais écrire un roman depuis longtemps, sans jamais trouver loisir de m’y atteler. Les circonstances m’ont finalement donné cette possibilité en 2020. À ce jour, mon unique roman « Le syndrome d’Adrastée » est sorti en octobre 2022 chez Publishroom.

Qu’est-ce qui t’a poussé à publier ton premier roman ?
À travers ce roman policier, j’ai souhaité par la voix de mon héroïne mettre en lumière une des plaies de notre société à savoir le fléau des féminicides et des violences sur les personnes vulnérables.
Grâce à cette histoire de vengeance par procuration, j’incite les victimes à porter plainte et à faire confiance à notre justice même si celle-ci est loin d’être parfaite. Malheureusement, cette démarche est souvent contrariée par de multiples freins que l’on peut recenser aussi bien du côté des victimes que chez l’institution et que nous devons collectivement corriger.
Je souhaite de plus dénoncer le manque de moyens de notre système judiciaire qui peine à endiguer les trop nombreux homicides sur conjoints que nous connaissons alors que certains pays ont réussi dans ce combat.
Enfin, je voulais démontrer qu’un homme peut également se trouver légitime à s’exprimer sur ce sujet. Je me suis senti quelquefois honteux de mon genre à la lecture de certains commentaires masculins relevés sur les réseaux sociaux. Je tenais à corriger cela et à prouver que notre genre est capable aussi d’une profonde implication sur cette question.
Et puis j’ai pris un grand plaisir en imaginant le parcours tragique de mon personnage. J’adore les histoires de vengeance ! Comme en plus j’aime le 7e art, dans ce livre je me suis nourri de références cinématographiques. Certaines œuvres m’ont inspiré, à l’instar de « La mariée était en noir » de François Truffaut, « Deux jours à tuer » de Jean Becker ou « Le couperet » de Costa Gavras.
Pourrais-tu faire partager ton quotidien d’écriture/d’auteur aux lecteurs ?
Je travaille généralement le matin. Tôt, voire très tôt. Quelquefois les idées surgissent la nuit et de plus, mon esprit se montre disponible, bien concentré. En principe je n’écris jamais plus de 4 heures dans une journée. J’estime qu’au-delà de ce laps de temps, la qualité s’en ressent. C’est peut-être pour cette raison que mon processus créatif s’avère si long.
Et puis lorsque l’excitation de la première écriture est écoulée, j’ai besoin de plus de temps encore consacré à la relecture (ce qui ne constitue pas le meilleur moment pour moi). Ces multiples examens que j’appelle enrichissement sont bien entendu nécessaires et je considère qu’ils ne doivent surtout pas être négligés.
Après le gros œuvre, on s’applique sur les finitions en pesant chaque mot, en traquant les verbes ternes, en développant une idée ou une métaphore, mais en prenant soin de ne jamais devenir abscons. J’utilise « antidote » pour m’assister dans cette tâche. Il est nécessaire de laisser reposer, comme une bonne pâte.
Ce temps de latence permet de prendre du recul en s’éloignant de son texte afin d’y consacrer ensuite un regard neuf. Je garde toujours à l’esprit l’obsession de ne pas « perdre » le lecteur en route. C’est fondamental. En définitive, à quoi bon écrire si personne ne vous lit ? Et enfin, je fais appel à une correctrice qui a pour mission de proposer des rectifications autant sur la forme que sur le fond, et là aussi c’est selon moi absolument obligatoire.
Quand tu n’écris pas et n’es pas en train de relire tes manuscrits, qu’aimes-tu lire ?
En ce moment, j’aime bien l’univers de Franck Tilliez. Mais le roman qui orne ma table de nuit aujourd’hui est « Le silence et la colère » de Pierre Lemaitre. Ses histoires sont taillées au cordeau, animées par des personnages répondant à des enjeux théâtraux. Le style est bien évidemment précis avec cette subtile pointe de vocabulaire vintage que j’affectionne par-dessus tout. C’est un régal et je me laisse emporter par le tourbillon de ces destins tourmentés.
Et quand tu n’écris pas ni ne lis, qu’aimes-tu faire dans la vie ? Ces autres activités ont-elles une influence sur tes idées d’histoire ?
Comme je l’ai évoqué, ma passion récente tient dans le jeu d’acteur au service des émotions que l’on destine nécessairement à un public. Je tente de m’amuser des nuances distillées par le comédien par une variation de ton, de débit, de force. Bref, jouer avec sa voix en l’associant à l’expression corporelle. Le spectateur voit tout et ce métier ne souffre aucune approximation. Pour le moment, non, cette inclination n’a pas (encore) d’influence sur mon imagination. Peut-être dans l’avenir qui sait ?
Pour finir, parle-nous de tes nouveaux projets d’écriture.
Je termine la première écriture de mon nouveau livre. Ce sera de nouveau un roman en lien avec un thème lié à une problématique sociétale. J’ai l’ambition d’évoquer le délicat sujet des suicides dans la police. Plus généralement je souhaite décrire la maltraitance subie par ces femmes et ces hommes qui exercent un métier avec la passion chevillée au corps au service de la collectivité. Cette souffrance est la conséquence de la défiance d’une frange de nos concitoyens, mais aussi d’un traitement inapproprié de leur hiérarchie. Ne devrions-nous pas nous sentir tous responsables de cette situation ?
Si on veut te lire, où peut-on se procurer tes romans ?
Mon roman « le syndrome d’Adrastée » est vendu sur le site de Publishroom, mais encore sur les sites de e-commerce (Fnac, Amazon, Cultura, etc…) et sur commande auprès de votre libraire préféré. Une version numérique est également disponible. Les lectrices et lecteurs peuvent régulièrement me rencontrer sur les salons du livre auxquels je participe et où j’ai l’immense plaisir de me trouver en prise directe avec mon lectorat, et ça, c’est un réel bonheur. Le prochain salon qui m’accueillera sera celui de Scy-Chazelles en Moselle les 31 août et 1er septembre.
Si des lecteurs veulent suivre ton actualité, sur quels réseaux sociaux es-tu présent(e) ?
Je suis présent sur Facebook et Instagram. Je serais bien entendu ravi de répondre à toutes les questions qui pourraient subvenir.
Un dernier mot pour finir.
J’ai été enchanté de participer à cette interview et je suis sûr que vous aimerez l’histoire sombre et tourmenté de mon héroïne, Samantha Mitchell, frappée par un destin funeste. Elle fait preuve d’une résilience à toute épreuve au nom de toutes les femmes victimes.
Un grand merci à Amélie pour m’avoir ouvert cette tribune et merci à toutes les personnes qui ont lu cet entretien et qui ont ainsi pu découvrir mon univers.
J’espère que cette rencontre avec l’auteur Lorant Fielder vous a plu. Lorant fait partie des auteurs rencontrés au salon du livre de Roye en 2022 . C’est toute la magie des salons : rencontrer les lecteurs mais aussi d’autres auteurs aux univers variés. C’est aussi ce que je vous propose avec ces interviews trimestrielles.
