Atelier d’écriture : Un trésor inestimable

Pour le dernier atelier d’écriture de l’année 2017 organisé sur le blog Bricabook, Leiloona nous a gâté.

Photo grimoire - @Leiloona© Leiloona

Cette photo inspirante a fait naître le texte suivant. Bonne lecture 🙂

Un trésor inestimable

Il trébucha sur la dernière marche de l’escalier et entra dans l’immense salle par un roulé-boulé totalement inapproprié à la majesté des lieux.

Il se releva et posa immédiatement les yeux sur une stèle de pierre située au centre de la pièce. Au sommet était posée ce pourquoi il avait déambulé dans ce labyrinthe pendant des heures : un grimoire.

Ainsi, les légendes ancestrales disaient vrai, ce temple oublié cachait en son sein un trésor. Les légendes racontaient également que seul un esprit ouvert et au coeur pur pourrait en déchiffrer le contenu et découvrir son secret.

Il s’approcha lentement de la stèle. Une fois près du livre, il souffla dessus pour évacuer l’épaisse couche de poussière qui couvrait l’ancien grimoire. Il n’osait pas le toucher. Il redoutait ce qui allait se passer, mais sa voix intérieure lui rappela qu’il n’avait pas fait tout ce chemin ni affonté toutes ces épreuves pour ne pas aller jusqu’au bout.

Il inspira à fond et ouvrit le grimoire. Les pages étaient couvertes de symboles qu’il n’avait jamais vu, aux drôles de forme. Des pleins ; des déliés ; des arrondis, certains se terminant par une petite tige orientée vers le haut ou vers le bas. Ces symboles étaient parfois groupés mais pouvaient être également placés seuls entre deux groupes de symboles.

Il s’émerveillait de ce qu’il voyait. Il ne savait pas ce que c’était mais était fasciné par une telle pureté et une telle beauté. Se passa alors une chose étrange. Des voix caverneuses et intimidantes résonnèrent dans l’immense salle. Venues d’on ne sait où, elles semblaient attendre là de pouvoir déclamer leur message.

  • Toi qui es arrivé jusqu’à nous, tu nous entends car ton coeur est pur et ton esprit veut comprendre et découvrir.
  • Qui êtes-vous ? demanda-t-il.
  • Tu n’as pas besoin de le savoir. Tu as seulement besoin d’apprendre.
  • D’apprendre quoi ?
  •  La Lecture.

A ces mots, le grimoire se mit à rayonner et cette lumière le pénétra. Il se laissa envahir par une sensation inconnue, qui le poussait à tourner frénétiquement les pages. Il comprenait ce que signifaient ces symboles. Bientôt, il sut prononcer les mots correspondants à ces lettres et se dessinèrent devant lui de multiples scènes, partout dans cette immense salle. Là, des combats de mousquetaires ; les lettres d’une mère à son fils ; neuf compagnons en route pour la Montagne Solitaire. Ici, des enfants jouant des tours pendables à leurs parents ; un amant éploré se donnant la mort devant le corps sans vie de sa bien-aimée.

Le grimoire scintilla puissamment et apparut soudainement une porte, menant vers un autre univers. L’explorateur referma le grimoire, le serra fermement contre lui et se dirigea vers cette porte qu’il franchit sans hésitation. Avec la Lecture, il savait maintenant qu’il partait à la découverte du Monde et que sa vie en serait à jamais changée.

Atelier d’écriture : Le retour à l’essentiel

Une nouvelle photo sur le thème de la nature nous a été proposé cette semaine par le blog Bricabook, pour ce nouvel atelier d’écriture.

Serre, de Emma Jane Brown

© Emma Jane Brown

Voici le texte que cette photographie m’a inspiré. Bonne lecture 🙂

Le retour à l’essentiel

Nettoyer les pots, les laisser sécher au soleil. Les peindre aux couleurs qui nous inspirent ou nous ravissent.

Plonger les mains dans la terre, humer ses odeurs boisées, parfois humides.

Tailler les arbres, ôter les fleurs fânées des arbustes colorés, parler aux demoiselles à pétales pour leur dire à quel point on les aime et combien nous les trouvons belles.

Faire sécher des graines et des noyaux. En prendre soin. Les placer bien au chaud dans du coton ou du terreau, les faire germer. Les regarder grandir chaque jour, attendre avec impatience le moment de les mettre en terre, puis de les voir s’épanouir et peut-être nous nourrir.

Se dire à chaque fois que l’on participe à un accomplissement millénaire, d’une beauté simple mais tellement bienfaisante. Inspirer à fond, s’imprégner de ces gestes, de ces odeurs, de ces couleurs et de cette nature en devenir. Ne plus se préoccuper du superflu, savoir simplement se contenter de la puissance de Dame Nature, y puiser force et sérénité. Retourner à l’essentiel.

 

 

Atelier d’écriture : Une force de la nature

Voici ma nouvelle participation à l’atelier d’écriture du blog Bricabook. Encore une photo à l’atmosphère énigmatique…

Bord de rivière avec brume - Emma Jane Browne

© Emma Jane Browne

Voici le texte que cette ambiance m’a inspiré.

Une force de la nature

Ca s’est passé un dimanche, au bord de l’eau. Je me souviens que j’avais mis une robe blanche, je ne sais pas pourquoi. Avec le recul, je trouve que cette couleur s’accordait bien avec ce qui s’était passé.

C’était une agréable journée de fin de printemps, assez douce même. Le genre de journée où les minutes s’écoulent paisiblement, où tout est calme et reposant, où l’on pourrait presque entendre l’herbe pousser et les fleurs éclore. J’avais eu envie d’aller me promener et la saine atmosphère de la campagne environnante m’avait conduite jusqu’à ce bord de rivière. Un vrai havre de paix. Je connaissais déjà cet endroit, je m’y promenais assez régulièrement. A bien connaître les lieux, c’est sans doute pour cela que je ne remarquai rien au premier abord. Mais un petit quelque chose se cachait dans ces lieux, un je ne sais quoi que je ne parvenais pas identifier.

Soudain, un bruissement, un mouvement, un souffle. La brume se leva soudain, le vent apparut comme par enchantement et fit tourbillonner branches et feuilles, et une atmosphère fantomatique m’enveloppa. Je ne reconnaissais plus le paysage que je traversais depuis plusieurs minutes. Je restai figée sur place, stupéfaite par ce brusque changement d’ambiance et comme hypnotisée par cette atmosphère étrange. Je ne sais combien de temps je restais ainsi, prisonnière de la nature. Plusieurs minutes ou seulement quelques secondes ? Le temps m’échappait. Je me souviens seulement que vent, brume et bruissement disparurent aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus.

Je repris mon chemin, avec l’étrange sensation d’avoir croisé ce jour-là une force bien plus puissante et bien plus évocatrice que tout ce que l’Homme pouvait imaginer.

L’esprit de la nature.

Atelier d’écriture 283 : La fuite

C’est une nouvelle photo intriguante que nous a proposé cette semaine Leilona pour le nouvel atelier d’écriture de son blog Bricabook.

Photo d'un passager dans un train

Aucun ©

 

Voici le texte que cette photographie m’a inspiré.

La fuite

« Qu’est ce que je fais ici ? »

C’est ce que je n’arrêtais pas de me demander, en fixant non mes pieds, mais l’herbe qui défilait dessous.

Je n’avais pas perdu la mémoire, je me souvenais de tous les évènements qui m’avaient conduite jusqu’à cette plateforme du train. La façon dont j’étais montée dans ce train, haletante d’avoir couru pour être certaine de le prendre ; le désarroi du vendeur de la SNCF lorsqu’à sa question « Où voulez-vous aller ? » , ma réponse fut simplement « Je ne sais pas, pour la ville destination du prochain train qui partira. » ; les détours que j’avais fait pour arriver jusqu’à la gare, mon cerveau n’étant pas certain d’avoir pris la bonne décision ; les tergiversations devant mes armoires, pour savoir ce qu’il était absolument nécessaire d’emporter pour une absence pour l’instant temporaire ; le craquement de mes genoux quand je m’étais enfin levée du canapé, après y avoir passé plusieurs jours avachies, à me demander que faire de ma vie.

Le vide qui s’était emparé de moi les mois précédents avait trouvé son paroxysme dans cet immobilisme, pendant ces quelques jours où je m’étais pelotonnée dans à peine un mètre carré de tissu sombre. J’avais trouvé refuge dans le seul endroit qu’il détestait dans cette pièce, le seul endroit qu’il n’avait pas souillé de ses pensées négatives et destructrices.

Ce n’est qu’après son départ que j’avais saisi toute la méchanceté de ses paroles et de ses actes. Ce n’est qu’à se moment là que j’avais perçu le temps perdu à ses côtés, et les dégâts qu’il avait causés. Sur moi. Sur mon estime. Sur mes envies et mes espoirs.

Je ne m’étais pas tournée vers cette destination pour me trouver une nouvelle destinée, mais simplement pour fuir. Fuir le moment de choisir, fuir le moment de me relever, fuir le moment d’accepter l’idée que j’étais plus forte que l’image qu’il m’avait renvoyée. Et une fois dans ce train, fuir ma propre fuite m’avait conduite sur cette plateforme, à me demander pourquoi être encore là.

Je levais soudain les yeux. Mes pieds, je les connaissais déjà, même un peu trop, à force de les regarder lorsque je marchais dans la rue ou lorsqu’un inconnu m’adressait la parole. Mais les paysages, le nouvel horizon que traversait ce train, je ne les connaissais pas. Autant en profiter. Des bosquets ; ici un troupeau de vaches paissant tranquillement l’herbe d’ailleurs plus verts les uns que les autres ; là un hameau perdu, respirant la tranquilité. Des couleurs scintillantes, des bruits doux et mélodieux et des odeurs apaisantes s’engouffraient par la porte que j’avais ouverte. Elle devenait alors une fenêtre ouverte sur un monde merveilleux, simplement rempli de la vie. Le festival sensoriel qui envahissait le wagon me donna bientôt l’envie d’aller me promener dans ce paysage, de me laisser envahir par ses odeurs et ses couleurs. Un espoir germa en moi, celui de pouvoir y trouver un morceau de moi-même que je ne connaissais pas encore. Dans un petit coin de mon cerveau, une petite forme floue, portant un T-shirt mal ajusté imprimé du mot « Estime », disait timidement « coucou, je suis revenue… » Et mon esprit, plus grand mais marchant d’un pas mal assuré, lui répondit : « Viens, mettons nous en route ».

Alors, je sus ce que je faisais là. Je pris une grande inspiration de cet air simple, mais tellement puissant. Je retournai m’asseoir pour poursuivre, non plus ma fuite, mais mon cheminement nouveau.

Atelier d’écriture : Sujet inversé

Leiloona du blog Bricabook nous a encore une fois proposé une sublime photographie. L’ambiance de cette semaine est assez énigmatique.

Arabesques, de Jordane Saget

© Jordane Saget

Voici le texte que cette photographie m’a inspiré.

Sujet inversé

J’attendais le signal, il est arrivé. J’avance jusqu’au point de repère : un dessin d’arabesque sur le sol, placé dans l’axe de l’éclairage d’un lampadaire. Me voilà entrée dans cette piste lumineuse. Les indications étaient claires : « Marche jusqu’au motif, place-toi sous le lampadaire et reste là. N’ai surtout pas l’air inquiète, tu dois simplement patienter une minute ou deux. » « Très bien, mais que dois-je faire pendant ces quelques minutes ? » « Observe le dessin, profite d’être exposée en pleine lumière, fais la belle ; tu es libre d’adopter n’importe quelle attitude, du moment que tu ne parais pas inquiète. »

J’adopte l’attitude la plus confiante possible. Au début, je tourne un peu sur moi-même, les yeux rivés au sol, suivant du bout du pied les courbes de ces jolies arabesques. J’imagine qu’un observateur pourrait être touchée par la grâce de mes gestes, et pourrait s’éblouir de ma prestance. Mais je perçois vite que là où je suis placée, je suis à contre-jour. Lorsque je relève la tête, je suis tellement aveuglée que je sens bien que personne ne peut découvrir les détails de mon visage ou de ma silhouette. La lumière diffusée par le lampadaire ne doit avoir qu’un seul but : illuminer ces arabesques sans me mettre en valeur.

Je dois cependant rester là et ne pas sortir de ce pavé artistique, c’est la consigne. Intérieurement, je commence à trouver le temps long. Les deux minutes sont écoulées depuis longtemps, et rien ni personne n’est survenu. J’ai l’impression d’être un gladiateur au milieu de l’arène, sachant pourquoi il se trouve là tout en ignorant ce qu’il va lui arriver.

La panique est sur le point de s’emparer de moi quand retentit soudain un cri : « Coupez ! » Toutes les lumières alentours s’allument, l’ensemble des techniciens s’agite et se met à courir partout et moi, je reste immobile. Le réalisateur court vers moi et vient me féliciter. « C’était parfait, la mise en lumière de ces arabesques était sublime, et par tes gestes, le spectateur sera emporté dans leurs tourbillons. On ne t’aperçoit quasiment pas. Ce sera un plan génial ! Bon c’est tout, on a terminé avec toi. On te rappellera peut-être pour la fin du tournage. »

Je suis devenue actrice pour vivre des expériences et des vies différentes, je suis devenue actrice pour être quelqu’un d’autre, je suis devenue actrice pour être vue. C’est la première fois que l’on me dit que le plan dans lequel je suis est fantastique. Mais c’est parce que je n’en suis pas le sujet. Je me sens vide et transparente. Je quitte le plateau, emportant avec moi mes espoirs resplendissants, me contentant de disparaître dans la masse anonyme de toutes celles qui font le rêve de briller.