Nouvelle : Le dernier train

Librinova organise actuellement plusieurs concours de nouvelles. L’un d’eux porte sur le thème du voyage. en voici le pitch :

« Le temps d’un voyage »

La route défile sous vos yeux, le vent s’engouffre dans vos cheveux.
Vous apercevez les nuages à travers le hublot, vous volez comme un oiseau.
Les secousses du train vous bercent, vous prenez de la vitesse…
Vous partez en voyage… Et si vous embarquiez des lecteurs avec vous ?

J’ai participé à ce concours avec une nouvelle intitulée Le dernier train. Je vous la livre ici 🙂

Le dernier train

Il courait à travers les rues désertes. Il ne restait plus que quelques minutes avant le départ du train. Il accéléra la cadence et arriva enfin à la gare. Il ne jeta pas un œil aux quelques hommes esseulés qui préparaient dans un coin du hall leur campement pour la nuit. Il en voyait de plus en plus, pourquoi leur accorder une seconde d’attention, surtout avant de partir. Il s’étonna par contre d’être le seul voyageur à courir pour se précipiter vers le dernier train de la journée.

Sur le quai, haletant, il cria « Attendez » plusieurs fois. Le signal du départ n’avait pas encore été donné, mais il voulait être certain qu’on ne partirait pas sans lui.

Il arriva enfin à la hauteur du chef de train, posté sur le quai près du dernier wagon. Celui-ci lui indiqua qu’il y avait encore de la place deux ou trois wagons plus loin. Il courut à nouveau, même pour quelques mètres. Il angoissait que le train se mette en marche sans qu’il soit à l’intérieur.

Il monta enfin à bord. Il se faufila entre les passagers. Il aurait dû s’en douter, le dernier train était forcément bondé. Tous les retardataires avaient voulu l’attraper. Ils étaient nombreux à rester debout dans l’allée centrale. Toutes les places étaient occupées, mais partout, les passagers installés proposaient à ceux restés debout de se serrer sur la banquette pour leur permettre de s’asseoir. Il se retrouva ainsi près de la fenêtre, au milieu d’une famille.

Le train se mit enfin en marche. Le wagon soupira de soulagement, le dernier train partait à l’heure. Un retard aurait signifié pour tous l’angoisse de l’attente, et la peur de finalement rester sur place.

Il se cala contre la fenêtre. Pendant quelques instants, il ne fit plus attention à ce qui se passait dans le wagon, trop absorbé par le paysage. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas pris cette ligne et son parcours lui montrait la ville sous un angle différent de ce qu’il côtoyait au quotidien.

Les hautes tours qui encerclaient la gare formaient un grillage d’acier et de verre par lequel le soleil brumeux de cette fin de journée tentait de passer. Quand il y parvenait, il diffusait une lumière effacée, presque triste, qui ne parvenait pas à faire oublier l’épaisseur du nuage de pollution.

Le paysage urbain défilait dans cette atmosphère voilée. Où que l’on posât les yeux, les même bétons gris, les mêmes façades vitrées poussiéreuses, les même enceintes taguées. Il laissait son regard filer sur tous ces détails sans plus vraiment y faire attention. Tout ça faisait partie de son quotidien depuis trop longtemps pour que son esprit perçoive encore l’intérêt de s’en étonner. Cependant, à connaître parfaitement ces symptômes de la vie urbaine, ces angles d’immeubles, ces alignements de hangars, ces rues jonchées de détritus et de poussière, il en vint à se demander si toutes les villes étaient confrontées aux même problèmes.

En face de lui, les deux enfants se blottirent encore plus auprès de leur mère.

– C’est la première fois qu’ils prennent le train, lui dit-elle tristement.

– Je comprends, répondit-il. Tout ce monde, ça doit les impressionner.

– J’aurais aimé qu’ils découvrent ça dans d’autres circonstances.

Elle semblait se reprocher de gâcher cette découverte par la présence d’une foule compacte, fatiguée, sentant la transpiration et la peur, se demandant comment ce voyage allait se passer.

Il s’intéressa un peu plus à ses compagnons de voyage. La famille aux enfants angoissés avec laquelle il partageait la banquette n’était pas la seule à se tasser au milieu des sacs et des valises. C’était à ces familles que les banquettes avaient été laissées en priorité. Des femmes seules, de tous âges, complétaient la population assise, la plupart des hommes étaient restés debout dans l’allée centrale.

Il se demandait souvent ce qui poussait les gens à prendre un train. « C’est vrai, se disait-il, monter dans un train ou dans tout autre moyen de transport, c’est se retrouver rassemblé au même endroit, avec des inconnus dont on ne sait rien des motivations. Nous partageons un moment commun, plus ou moins long selon la durée du trajet, mais rien ne nous rassemble, hormis la volonté de prendre ce train. » Dans le cas présent, pas besoin de chercher leurs motivations. Tous les passagers se trouvaient dans ce train pour la même raison, mais il se demandait pourquoi ils avaient attendu le dernier train. Pourquoi ne pas être parti plus tôt ? Quel que soit l’arrêt où ils descendraient, à leur arrivée il ferait nuit. Ils ne verraient rien du nouvel endroit où ils auraient atterri. Mais peut-être était-ce la raison de ce départ tardif. Ne pas effrayer ses enfants en fin de journée, les laisser s’endormir dans l’inconnu, pour qu’ils le découvrent au réveil, à l’aube d’un autre jour qui signifierait tellement de nouveautés.

Pour lui, le dernier train n’avait pas été une option, mais un choix. Il n’aurait pas voulu partir plus tôt. Partir, c’est mourir un peu, disait le proverbe. Pour lui, partir signifiait renoncer, ne plus croire que la situation pouvait encore s’améliorer. Il avait voulu croire jusqu’au bout qu’il pouvait encore sauver ce qui pouvait l’être, que son chez lui pouvait encore être accueillant. Il avait espéré jusqu’au bout, comme beaucoup d’autres. C’est sans doute pour cette raison que les autres passagers avaient attendu aussi longtemps avant de partir. Ou peut-être n’avaient-ils pas eu le choix.

Attendre la dernière minute lui avait permis de repousser la question de ce qu’il lui arriverait ensuite. Il était monté dans ce train pour fuir cet endroit. Mais une telle raison n’enlevait rien à l’angoisse de l’inconnu. Personne ne pouvait dire ce qui l’attendrait une fois arrivé à destination. C’était le cas dans tous les voyages, même pour ceux que l’on réalisait à plusieurs reprises ; ce serait encore plus vrai cette fois-ci.

Il savait ce qu’il pouvait faire, ce dont il était capable. Mais où et comment le faire étaient d’autres questions auxquelles il n’avait pas la réponse. Il était prêt à s’adapter, à accepter n’importe quelle conditions de vie.

Il s’inquiéta de l’accueil qui serait réservé à tous ces passagers, une fois arrivés au bout de leur voyage. Les précédents convois étaient tous partis vers des villes différentes. Les habitants qui avaient de la famille ou des connaissances parmi les premiers voyageurs avaient reçu de bonnes nouvelles de leur part. « Allez-y, partez tant qu’il est encore temps », entendait-on au téléphone ou lisait-on sur les lettres et télégrammes. Aucune déception à l’arrivée, pas de sentiment de rejet ne transpirait dans ces missives venues d’ailleurs qui ressemblaient, aux dires de leurs auteurs, au paradis.

Personnellement, il en doutait. Il savait ce qu’il fuyait, ce qu’il laissait derrière lui, mais personne ne pouvait raisonnablement espérer qu’un eldorado les attendait au bout du voyage. Après tout, leur train partait pour une autre grande métropole. Personne ne pouvait jurer que cette ville ne connaîtrait pas les même problèmes.

Le train, qui avait roulé lentement tant qu’ils étaient en zone urbaine, prenait enfin de la vitesse, maintenant qu’il avait atteint l’extrémité de la banlieue. La voie suivait la pente du plateau qui surplombait la plaine côtière où s’étendait la ville. Leur ville. A cette vue dégagée, tous les passagers se tournèrent vers les fenêtres pour observer une dernière fois ce paysage qu’ils connaissaient si bien mais qu’ils abandonneraient.

Des soupirs d’étonnement ou de peur vinrent des passagers dont c’était là le premier voyage depuis longtemps. Certains jetèrent un œil beaucoup moins longtemps. Ils devaient connaître ce paysage, ils avaient eu le temps de s’y habituer, et même si c’était la dernière fois qu’ils le voyaient, ils ne devaient sans doute pas s’en trouver nostalgique.

Ce qui le frappa lui, c’est l’épaisseur du nuage verdâtre qui enserrait la ville et ses tours. Quand il était sur place, quand il traversait les rues ou qu’il regardait le ciel, depuis plusieurs semaines, il ne pouvait imaginer à quel point ce nuage était monstrueux. Cette poigne verte, accrochée aux plus hautes tours, ne bougeait pas, même par jour de grand vent. Ce nuage avait tissé sa toile, s’infiltrant partout, infestant l’air, l’eau, s’insinuant dans la moindre bouchée avalée, s’incrustant dans les pores de la peau, attaquant de l’intérieur les habitants, les grignotant chaque jour un peu plus.

Quelqu’un avait joué à l’apprenti chimiste quelque part. Pas chez eux, dans une autre ville de la côte. Peu à peu, ce nuage se déplaçait, à la recherche de nouvelles victimes. Quand il aurait terminé de ronger les malheureux restés sur place, il partirait à la conquête de nouveaux territoires à polluer.

Les premiers départs avaient commencé il y a plusieurs semaines. Les trains bondés longeaient l’autoroute où voitures, bus et camions se précipitaient vers des ailleurs incertains. Des aller sans retour. Avec ce voyage partait le dernier matériel roulant. Ceux restés sur place, qui n’avaient pas voulu ou pu quitter cet endroit, allaient subir l’appétit vorace de cet ogre invisible.

Lui sentait pourtant qu’il ne serait pas forcément à l’abri ailleurs. Ce voyage ne serait pas la dernière fuite qu’il aurait à faire. Il y aurait d’autres évacuations. Mais au milieu de tous ces passagers rassemblés là par l’espoir d’une vie meilleure, il préféra ne pas y penser. Le temps de ce voyage, il voulut au moins croire qu’il prenait là son dernier train.

Toutes les textes participant à ce concours peuvent être lus (voire aimés 😉 ) sur le site dédié au concours.  Pour cela, il vous faut vous inscrire, avant de vous laisser porter par ces écrits voyageurs 🙂

Quand il ne se passe rien, c’est qu’il se passe quelque chose…

Voilà presque deux semaines que j’ai mis en ligne ce blog, et pas de nouvelle publication depuis ! Alors que je souhaite y parler de mes activités d’écriture, je n’y écris rien !

Ne se passe-t-il donc rien dans mon activité d’auteur ?

Mais si, voyons ! Mais tout comme on ne peut pas être en même temps au four et au moulin, pendant que j’écris de nouveaux textes, je n’écris pas pour le blog et inversement. Et il me faut aussi trouver le bon rythme de publication sur le blog…

Donc, pendant que je n’écrivais rien ici, j’ai écrit des choses ailleurs.

J’ai terminé mon texte pour participer au concours de nouvelles du Festival Mange, Lille ! (pour en savoir plus sur ce concours, vous pouvez consulter cet article sur leur page Facebook). Verdict le 24 septembre ! J’ai terminé un petit texte, inspiré par un petit jeu diffusé par une blogueuse littéraire sur sa page Facebook cet été. Patience, je pense vous dévoiler cette petite histoire très prochainement 🙂 . Et j’ai aussi avancé dans le travail sur mon second roman, à la fois dans son écriture et également dans des recherches que je mène pour me documenter pour cette histoire. C’est ce travail qui va encore m’occuper ce week end, avant de consacrer la semaine prochaine à l’avant-dernière lecture du manuscrit de mon premier roman.

 

Comme quoi, il se passe toujours quelque chose, même quand il ne se passe rien 😉