Architecte ou jardinier ? Ca dépend de l’histoire.

Si vous suivez des auteurs ou autrices sur les réseaux sociaux, vous êtes peut-être déjà tombés sur l’expression : “Architecte ou jardinier ?”. Peut-être vous demandez-vous si l’auteur en question vous parle de son goût pour les constructions ou de sa passion pour le potager ? Rien de tout cela, amis lecteurs 😉 Les auteurs parlent ici d’une façon de construire une histoire. Je vais vous raconter ce que ces deux techniques impliquent pour l’auteur. Et comment je les utilise dans mon écriture.

Architecte ou jardinier : de quoi parle-t-on ?

En voilà des définitions très succinctes. L’architecte correspond à l’auteur qui construit de façon détaillée son histoire avant de commencer toute écriture. Le jardinier, de son côté, a une idée et se lancera dans l’écriture en se laissant porter, sans rien planifier. Si les techniques d’écriture vous intéressent, amis lecteurs, de nombreux blogs ou sites de conseils d’écriture vous en parleront bien plus en détail 😉 Je ne vous parlerai ici que de ma propre façon d’aborder ces deux profils d’auteur.

Alors, amis lecteurs, sans doute vous demandez-vous si je suis architecte ou jardinier ? Après trois romans terminés et un quatrième en cours d’écriture, je peux vous dire que je suis un peu les deux. Et ce sont les histoires elles-mêmes qui conduisent le profil que je dois adopter pour les écrire.

Comme toute méthode ou façon de travailler, être architecte ou jardinier apporte des avantages et des inconvénients.

Jardinier : une façon d’écrire propice aux histoires douces

Un profil pour se laisser porter par son histoire

Le profil “jardinier” me semble très bien adapté à une histoire calme, apaisante, plus centrée sur les émotions et sentiments des personnages que sur les défis ou contraintes qu’ils doivent affronter.

J’ai été jardinière pendant l’écriture de mon premier roman, Le Mystère des Ghénas. Sans doute parce que c’était mon premier roman, et que je me lançais dans cette aventure comme si je partais faire une petite ballade pour me détendre. J’avais mon idée, je savais où je voulais aller, comment mes personnages se comporteraient et bien sûr, quel serait le mystère à résoudre. Mais c’est tout. Le reste, l’atmosphère, les descriptions de personnages, le choix de leurs noms – on suit notamment la vie de la communauté des Ghénas qui vit en harmonie avec la nature, leurs noms devaient refléter ce lien – les étapes de la relation entre Azur et Oraé, tout cela s’est progressivement dessiné pendant l’écriture. Mon stylo décidait parfois à ma place ce que mes personnages disaient ou faisaient.

Julia et Mrs Carpenter, mon troisième roman, s’est également écrit sous le profil “jardinier”. Dans ce cas, le cheminement fut différent. J’avais au départ un pitch qui ne correspondait qu’à une partie de l’histoire. Le nœud de l’intrigue, ce qui fait que l’un des personnages est ce qu’il est. Mais je n’avais pas le reste, ni la façon dont les autres personnages allaient s’harmoniser avec ce cœur d’intrigue ni celle dont j’allais amener le lecteur à la découvrir.

Je n’avais même pas la fin. Enfin si, mais pas dans le détail. Tout cela s’est construit pendant l’écriture qui s’est faite de façon totalement découpée et non linéaire. J’ai d’abord écrit ce cœur d’intrigue, qui se situe au 2ème tiers du roman. Le reste est venu tout seul, les différentes versions se sont enchaînées, amenant chacune leur pierre à ce nouveau projet. Aujourd’hui, ce troisième roman a une dimension que je n’aurais pas imaginé atteindre il y a quelques années au moment d’écrire les premières idées. Là encore, il s’agit d’une histoire au rythme calme, centré sur les personnages, leurs vies et leurs sentiments.

Les avantages du profil “jardinier”…

L’avantage que je trouve à ce profil d’auteur, c’est de laisser filer l’imagination sans aucune limite. De découvrir l’histoire en même temps qu’elle s’écrit. De se laisser surprendre par ce que les personnages et ce qui leur arrive apportent à l’histoire. Bref, de ne se fermer aucune piste dans la construction et l’écriture de l’histoire.

… et ses inconvénients

L’inconvénient majeur selon moi, c’est de risquer de s’éparpiller et de ne plus savoir dans quelle direction mener l’histoire ou de mélanger les atmosphères. Cela a failli m’arriver au cours de l’écriture de Julia et Mrs Carpenter. C’est en me recentrant sur mes fiches personnages que j’ai réussi à conserver le message que je souhaitais véhiculer.

L’autre inconvénient, pas véritablement lié au profil “jardinier”, mais qui en est une conséquence, c’est l’écriture puzzle qui en découle. Ce fut un peu le cas pour Le Mystère des Ghénas et plus encore pour Julia et Mrs Carpenter. J’ai parfois écrit certains passages dans le désordre de leur insertion dans l’histoire. L’inspiration, une idée née de l’écriture d’un autre passage, et me voilà à composer un nouveau passage (parfois long de plusieurs pages) qui prendra place bien plus loin dans l’histoire ou bien plus tôt.

Cette écriture au feeling permet de s’emparer d’une idée et de restituer immédiatement l’ambiance qu’elle génère pour l’auteur. Mais sa conséquence négative se trouve lors des phases de relectures et corrections. Les différents passages, écrits dans le désordre, ne s’enchaînaient pas tous forcément de manière fluide. Il a fallu (re)travailler les transitions, trouver le petit truc qui s’insérerait parfaitement dans l’histoire et permettrait à toutes les pièces de ce puzzle de bien s’encastrer. Cela a notamment généré de nombreux déplacements de paragraphes dans tous les sens. S’ensuivait alors de nouvelles étapes de relecture, qui pouvaient à leur tour générer déplacement, nouvelles transitions et nouvelles relectures. Etc.

Mais, comme je le disais plus haut, je suis également architecte, et c’est le profil que j’utilise pour l’écriture de roman n°4.

Architecte : un profil adapté aux intrigues à rebondissements ou aux sagas

Un profil expérimenté par hasard pour 6H66…

Ma première expérimentation du profil “architecte” date de l’écriture de mon deuxième roman, 6H66. Une dystopie centrée sur le personnage principal, Thomas, qui est aussi le narrateur. J’en avais commencé l’écriture sans plan mais en sachant quelles seraient les étapes de l’histoire et celles où Thomas découvre tout ce qui l’entoure dans cette société qu’il ne reconnaît pas. Au fur et à mesure que je progressais dans l’écriture des premiers chapitres, la mémoire ne suffisait plus pour suivre correctement ce que Thomas doit découvrir, quand et comment. J’ai donc écrit mon plan, en le scindant en 3 étapes :

  • les découvertes de Thomas,
  • ses interactions avec les autres personnages,
  • les évènements extérieurs qui surviennent.
Le plan que j’avais construit pendant l’écriture de 6H66

Ça m’a tout de suite permis de recadrer mon écriture, de savoir mieux placer l’introduction de tel ou tel nouveau personnage. J’ai également déplacé quelques passages, parfois situés trop tôt ou trop tard dans le déroulé de ce que j’avais déjà écrit. Ce plan n’est pourtant pas resté totalement figé puisque une ou deux idées survenues en cours d’écriture sont venues aménager le schéma initialement prévu. Mais ce plan m’a aidé à ne pas trop me disperser.

… et volontairement adopté pour Roman n°4

Roman n°4, dont j’ai commencé l’écriture au début de cette année, sera lui totalement écrit en profil “architecte”. Plus encore que 6H66, cette nouvelle histoire est riche de personnages, d’évènements ainsi que d’explications du contexte. Pour vous en dire déjà quelques mots, il s’agira d’une science-fiction post-apocalyptique située dans un futur non-proche, mais où plusieurs décennies se sont écoulées entre l’évènement déclencheur de ce cataclysme et le moment où se déroule l’histoire.

Depuis le début des premières idées, j’ai su que je ne pourrai pas me passer d’un plan très structuré. J’ai donc d’abord travaillé l’enchaînement de tous les évènements, présentations de personnages, introductions d’éléments nouveaux. Tout ceci en construisant déjà la future structure des chapitres de ce nouveau roman. Plusieurs recherches documentaires me sont nécessaires pour venir étayer certaines descriptions ou certains fonctionnements de la communauté que nous suivrons dans cette prochaine histoire. La préparation de l’enchaînement des chapitres me permet déjà de savoir quand il faudra creuser certaines questions. (+ photo du carnet de R4)

Plan roman 4 d'Amélie Haurhay
Plan de mon quatrième roman

Les avantages du profil “architecte”…

Avant même d’entamer l’écriture de ce quatrième roman, je vois déjà de nombreux avantages à être architecte de son histoire. Ce profil permet de structurer son récit en ne perdant pas de vue l’objectif final. L’écriture d’un plan détaillé n’empêche pas l’introduction plus tardive d’éléments nouveaux. Il faudra alors se référer aux informations déjà présentes dans le plan pour savoir comment bien les insérer, et noter les adaptations à apporter au reste de l’histoire.

L’avancée dans l’histoire sera très certainement facilitée, car en cas de période d’absence d’écriture, il me sera plus simple de me remettre en route, le plan étant là pour nous rappeler ce qu’il doit désormais se passer.

… et ses inconvénients

Je ne vois pour l’instant pas d’inconvénient à cette méthode. Je craignais au départ que cela laisserait une place moins grande aux rouages de l’imagination en cours d’écriture. Celle qui nous emmène, moi et mon histoire, soudainement dans une direction inattendue. Mais comme je le disais plus haut, le profil s’adapte à l’histoire. Un roman qui repose sur l’enchaînement des évènements et des actions des personnages ne peut pas laisser autant de place à la spontanéité de l’imagination qu’une histoire plus centrée sur les émotions et ressentis des personnages. Sinon, c’est toute la structure qui s’en trouvera bouleversée et sans doute affaiblie.

Néanmoins, cela n’empêche pas pour autant des ajouts en cours d’écriture. Renforcer le trait de caractère d’un personnage suite à un dialogue imprévu et ensuite, en laisser des traces dans les actes de ce personnage. Identifier un thème complémentaire à ceux déjà présents dans le roman et lui laisser une place dans les futurs échanges entre les différents personnages. Tout ceci s’est déjà présenté deux ou trois fois depuis que j’ai commencé l’écriture de Roman n°4 et pour l’instant, ces petits aménagements s’insèrent sans trop de problème dans l’histoire.

Alors, suis-je finalement architecte ou jardinier ?

Aujourd’hui, quel bilan fais-je de ces deux techniques d’écriture ?

Difficile de me revendiquer catégoriquement plutôt architecte ou jardinier. J’ai désormais adopté chaque profil pour l’écriture de deux romans. Je sais maintenant ce qu’ils peuvent m’apporter pour chaque histoire. Pour mes futurs projets d’écriture, il me sera ainsi plus facile d’identifier quelle attitude prendre au moment d’aborder l’écriture de ces futurs romans. De devenir architecte ou jardinier le temps de ce futur roman.

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