6H66, Roman

Pourquoi il n’y aura pas de suite à 6H66

Vous savez ce qui fait toujours immensément plaisir aux auteurs et autrices ? Les échanges avec leurs lecteurs. Que ce soit lors de séances de dédicaces (lorsqu’elles peuvent avoir lieu, par les temps qui courent…), par des échanges de mails ou de commentaires, laissés sur les librairies en ligne ou sur les réseaux sociaux ou sur le site de l’auteur ou de l’autrice : toutes ces formes d’échanges permettent aux auteurs et autrices de découvrir comment les lecteurs ont reçu l’histoire que nous avons porté pendant de longs mois et que nous leur avons ensuite confié en la publiant.

Les réactions peuvent être de toute nature, positives ou négatives. Il faut les recevoir comme la matérialisation des émotions ressenties par les lecteurs à la lecture de votre roman. Ces émotions ou réactions, l’auteur ou l’autrice a parfois su prédire ce qu’elles seraient, puisque l’histoire a été construite et écrite pour les susciter. Et parfois, on découvre que les lecteurs ont certaines envies par rapport à cette histoire.

J’ai ainsi découvert une envie de lecteurs concernant mon second roman, 6H66, que je ne m’attendais pas forcément à retrouver formulée dans plusieurs commentaires. Il s’agit d’une idée qui aurait pu être développée au cours de l’écriture, mais que j’ai décidé de ne pas suivre.

Plusieurs lecteurs ou chroniqueurs de mon roman 6H66 m’ont donc demandé si j’envisageais d’écrire une suite. J’ai commencé à formuler un début de réponse via un échange de commentaires sur ma page Facebook. Le post en question date du 19 mai.

Avant de répondre à la question posée par ces lecteurs – « y aura-t-il une suite à 6H66 ? » – laissez-moi d’abord vous parler de mes intentions d’autrice avec ce roman.

Ce que je souhaitais déclencher avec 6H66

Plusieurs idées se sont bousculées et m’ont conduite à l’écriture de 6H66.

D’abord, l’enchaînement de réactions qu’engendrent nos décisions personnelles ou collectives. Ces décisions peuvent relever de la sphère purement privée (ce qu’on fait de sa vie ou dans la vie ; ce qu’on pense ou ne pense pas ; ce qu’on dit ou ne dit pas ; ce qu’on lit ou ne lit pas ; ce qu’on achète ou n’achète pas ; etc.) mais aussi de la sphère collective (ce qu’on souhaite pour soi, son entourage ou la société dans laquelle on vit ; les opinions qui nous intéressent et celles que nous laissons de côté ; les choix que chacun exprime à titre individuel lors de votes locaux ou nationaux qui conduisent à des choix collectifs ; etc.).

Le héros de 6H66, Thomas, estime au début du roman que se soucier de ce qui l’entoure ne sert pas à grand chose. Que peut faire un homme seul ? Quel pouvoir chaque individu dispose face à la masse ? « Je n’ai aucun pouvoir ; je veux dire, individuellement, je ne pèse rien. Seul on ne peut rien. Pourquoi me demander ce que moi, Thomas, je pourrais apporter pour résoudre un tel problème ? Je ne suis rien. » Voilà ce qu’il ressent. Je voulais donc le confronter à une situation où se manifeste un événement qu’il croit ne pas pouvoir survenir et où son rôle, comme celui d’autres individus, aura une importance.

Il y aussi dans ce roman un parti pris, qui ne sera sans doute pas partagé par tous les lecteurs : celui de confronter notre réalité à une supposition. Que deviendrait notre société si… ? Si quoi ? Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler le point principal de ce roman 😉 Sachez seulement que j’avais envie de brosser un contexte qui nous est, jusqu’à aujourd’hui, inconnu en France et de bâtir une fiction sur cette supposition. Le choix du genre – la science-fiction et plus particulièrement la dystopie – autorisait toutes les déviations possibles et imaginables pour justement confronter notre réalité à la supposition de cette histoire.

Mais mon intention principale, c’était surtout de provoquer une question chez le lecteur : et vous, à la place de Thomas, que feriez-vous ? Quelles décisions prendriez-vous ? Quel comportement adopteriez-vous ? Quel enchaînement de réactions essayeriez-vous de provoquer ?

Telles étaient toutes mes intentions d’autrice au commencement et au cours de l’écriture de 6H66 et elles se retrouvent d’ailleurs toutes symbolisées dans la couverture. Les engrenages qui s’entremêlent évoquent beaucoup d’éléments du roman : le système horaire, avec les rouages horlogers ; les causes et les conséquences ; l’enchaînement de réactions que le héros et ses acolytes mèneront pour s’opposer à la situation qu’ils connaissent ; les engrenages de nos décisions individuelles ou collectives, engendrant des réactions parfois inimaginables, et pourtant…

Pourquoi il n’y aura pas de suite à 6H66

Voici ce que je formulai alors en commentaires du post Facebook publié ci-dessus, en réponse à la question de cette lectrice :
« Je vais tenter ici une réponse qui ne spoilera pas l’intrigue et la fin pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, tout en leur donnant envie de le lire ; et en faisant en sorte que ceux qui l’ont déjà lu comprennent quelles étaient mes intentions dans l’écriture de cette histoire 😉 J’ai toujours imaginé 6H66 comme un « one shot » centré sur le personnage de Thomas. Ce qui compte, c’est son cheminement, son état d’esprit au commencement de l’histoire, la façon dont il est amené à se poser des questions et à trouver les réponses, puis les décisions qu’il prendra. Les personnes impactées par ce que Thomas et ses amis décident de faire n’entraient pas dans ce cheminement et ne faisaient pas partie de mes intentions d’autrice. Ce qui arrive ensuite à ces personnes pourrait effectivement être intéressant, mais on suivrait alors le même schéma d’histoire : une fois que Thomas et ses amis leur auront montré ce qui est possible, on observerait leurs réactions, leurs décisions… J’ai écrit 6H66 pour susciter des réactions et des questionnement chez les lecteurs, je laisse donc une porte ouverte à toutes les hypothèses que chacun peut faire sur ce qu’il pourrait ensuite advenir de Thomas, de ses amis et des personnes impactées par leurs actions. »

Je vous expliquais plus haut quelles étaient mes intentions d’autrices. Je voulais avant tout montrer la façon dont un personnage, qui ne se sent pas concerné par le monde qui l’entoure, réagit quand il se retrouve plongé dans une situation où tout ce qu’il tenait pour acquis a disparu. Le reste découle naturellement de ce que ce héros et ses acolytes se décident à faire. Rappelez-vous : les causes et les conséquences…

Mais je vais vous faire une confidence, chers amis lecteurs : si vous souhaitez réellement une suite à 6H66, si vous souhaitez savoir ce que pourraient devenir Thomas et ses amis, quels engagements ils pourraient prendre ; si vous souhaitez savoir ce qu’il pourrait advenir des personnes pour lesquelles Thomas et ses compagnons ont agi ; si vous souhaitez savoir ce que devient le monde de 6H66 ; si vous voulez tout ça, il vous suffit de vous interroger sur ce qui vous entoure aujourd’hui.

Regardez notre société (et surtout pas seulement en France…), regardez quelles dérives commencent à émerger du besoin croissant de sécurité ; demandez-vous ce que cachent véritablement certaines nouvelles technologies que certains attendent avec impatience pour un soi-disant confort supplémentaire dans leur vie de tous les jour mais qui cachent de sombres desseins ; demandez-vous ce que vous feriez si des menaces liberticides se faisaient jour au détour de certaines situations ; demandez-vous comment vous réagiriez si vous n’aviez plus la capacité d’agir pour le bien collectif.


La suite de 6H66, c’est à vous de l’écrire.

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