Atelier d’écriture : Le démiurge

Pour ce nouvel atelier d’écriture hebdomadaire de son blog Bricabook, Leiloona nous a proposé une photographie de Kot.

Photo de Kot

© Kot

Voici le texte que m’a inspiré cette photo.

Le démiurge

Le voilà de retour. Il est revenu nous dominer, nous manipuler. Chaque fois qu’il se montre, nous devenons ses Choses. Plus aucune volonté autre que la sienne ne peut nous guider. Il décide, ordonne, expérimente, ne nous laissant pas d’autre choix que de lui obéir.

Il nous aligne comme des petits soldats. Il fait de nous sa chair à canons et nous envoie nous battre les uns contre les autres, attendant de voir surgir l’étincelle qui illuminera le ciel de sa Toute Puissance. Il prétend souffrir mais se rend-il compte des dégâts qu’il cause autour de lui, lorsque sa folie créatrice le sort de son silence ? Sans lui, nous sommes rangés, tranquilles, innocents même. Nous ne bougeons pas, faisons le moins de bruit possible et personne ne semble s’intéresser à nous. Mais une fois arrivé, il sème le chaos, nous déplace, nous associe et nous sépare. Parfois, il nous fait prendre une pause puis nous laisse en plan et ne revient pas avant longtemps, ignorant nos complaintes et les souffrances qu’il nous impose.

Nous ne savons jamais lorsqu’il reviendra. Nous ne savons pas non plus dans quel état d’esprit il sera. Aura-t-il décidé de se grimer, de se draper d’un déguisement qui le ferait prendre pour un autre, ou voudra-t-il se parer d’un costume trop grand pour lui ? Car selon son humeur ou sa volonté, les mouvements et attaques qu’il nous ordonnera n’auront pas le même impact, la même résonnance.

Les rares fois où il reste là, immobile comme s’il ne savait plus quoi faire de nous, ne sont pas forcément des moments de répit. Cela cache le plus souvent un conflit intérieur qui, lorsqu’il l’aura résolu, déclenchera une tempête contre laquelle aucun d’entre nous ne pourra résister. C’est dans ces moments là que nous l’adorons, quand il ne nous met plus en opposition les uns contre les autres, mais lorsqu’il fait de nous ses alliés pour partir combattre les préjugés, pour bâtir des havres de douceur ou simplement construire des mondes rêvés. Alors, plus rien ne l’arrête et nous nous mettons entièrement à son service, motivés par l’idée que bien plus que des mots, nous sommes les combattants pacifiques de ses idées.

Ma première action de promotion à l’occasion du salon du livre de Bondues

Je vous parlais hier de mes découvertes et rencontres au salon du livre de Bondues. Mais je ne suis pas allée à ce salon avec ma seule casquette de lectrice. J’y allais également avec ma casquette d’auteur, dans l’espoir d’assurer la promotion de mon roman, Le Mystère des Ghénas. Armée de mes marque-pages et de mon courage, je me suis postée à l’entrée du salon pour tenter d’aborder les visiteurs. Car quel meilleur endroit pour trouver des lecteurs potentiels qu’un salon littéraire ?

Cette action de promotion, je l’appréhendais quelque peu. Pourquoi ? Parce qu’aborder des inconnus n’est pas forcément toujours chose aisée pour moi ! Et parce qu’ensuite, une fois qu’on a abordé ces personnes inconnues, il faut savoir capter leur attention, voire si possible leur donner envie de lire le livre, le tout en très peu de temps. Gros défi !

Samedi après midi, je me suis donc postée à l’entrée du salon, mes marque-pages à la main. Et j’ai attendu, d’abord que des visiteurs passent, puis d’avoir le courage de les interpeller ! La première attente n’a duré qu’une minute ou deux. La seconde (avoir le courage de les aborder) a duré… Finalement moins longtemps que je ne l’aurais cru. Si j’ai laissé passé devant moi 3 ou 4 personnes qui avaient un air un peu fermé (c’était leur droit, mais ça ne m’incitait à tenter ma chance auprès d’eux), j’ai fait une première tentative auprès d’une mère de famille et de ces 2 ados. « Le Mystère des Ghénas est un roman adolescents/jeunes adultes, tente ta chance auprès de ta cible de lecteur », m’étais-je dis. Un « Bonjour » légèrement enjoué avec un petit sourire timide m’ont permis d’accrocher un regard. Encouragée, j’ai poursuivi par un « J’assure la promotion de mon livre. Il s’agit d’un roman adolescents/jeunes adultes qui s’appelle Le Mystère des Ghénas. Les Ghénas sont un peuple fictif qui vit dans la forêt… » Et me voilà partie à résumer l’histoire, à parler des enjeux de l’histoire (« C’est un roman sur l’ouverture à l’autre, la découverte de l’autre malgré les difficultés de communication, et la façon dont les 2 héros vont tenter de résoudre le mystère. »). Ces 3 personnes m’ont écouté, hochant la tête aux informations que je leur indiquai, ont pris le marque-page en me remerciant et m’ont dit au revoir en souriant ! Ouf, premier test concluant. Je me sentais ainsi plus rassurée sur ma capacité à attirer l’attention.

Je me suis donc lancée à l’assaut d’une deuxième famille, puis d’une troisième, etc. Au bout d’une dizaine de marqe-pages distribués, je me suis même « attaqué » à des personnes qui ne sont pas forcément mon coeur de cibles (des trentenaires ou quadragénaires qui n’étaient pas accompagnés d’enfant), et même à des grands-mères qui avaient l’âge d’avoir des petits enfants adolescents (« Si c’est pour les adolescents, je n’ai plus vraiment l’âge », me répondaient-elles poliment. « C’est vrai, répondais-je en souriant, mais sans doute avez-vous dans votre entourage des adolescents que cette histoire pourrait intéresser »). Là encore, le marque-page était accepté avec un sourire.

Puis la confiance venant, et quand il y avait trop de personnes auprès desquels tenter ma chance, je me fendais d’un rapide « Bonjour. Je suis auteur et j’assure la promotion de mon livre. » qui aboutissait à un « Merci » poli et souriant.

Maintenant que j’ai passé ce moment, quel bilan ?

D’abord, je me suis révélée moins peureuse à l’idée d’aborder des inconnus. Ensuite, je n’ai pas trop bafouillé en présentant mon roman. Mieux, j’assumai mon rôle d’auteur, le fait de dire « je suis ici pour promouvoir le roman que j’ai écrit ». Non pas que j’ai encore peur de le dire, mais jusqu’à présent je me suis présentée physiquement en tant qu’auteur auprès de mon entourage, ou confortablement cachée derrière mon écran auprès de blogueurs littéraires. Il me fallait passer le cap de la vie réelle et je ne m’en suis pas trop mal sortie 🙂

Sur un plan effet attendu de cette action de promotion, j’ai distribué une trentaine de marque-pages. Donc une trentaine de lecteurs potentiels ? On verra. Des marque-pages finiront peut-être à la poubelle (en espérant que ce soit celle du recyclage papier !), d’autres se retrouveront peut-être abandonnés au fond d’un placard pendant les 10 prochaines années. Mais peut-être que certains attireront l’attention de ces lecteurs potentiels 🙂

Me voilà en tout cas prête à recommencer l’expérience 🙂

Retour de salon : le salon du livre de Bondues

Cette année avait lieu la 19ème édition du Salon du livre de Bondues. Cette année avait lieu ma première visite à ce salon littéraire.

J’y allais pour y rencontrer des auteurs en particulier. Par la même occasion, j’ai fait 2 découvertes.

Les auteurs que j’avais prévus de rencontrer pour des dédicaces

Romans achetés au salon du livre de Bondues

© Amélie Haurhay

En premier lieu, je me rendais à Bondues pour y rencontrer Amélie Antoine, l’auteur de Fidèle au poste. Si vous n’avez pas encore lu ce thriller psychologique incroyablement bien ficelé et addictif, foncez, vous ne serez pas déçus (pour information, Fidèle au poste vient de sortir au format poche). C’est la deuxième fois que je rencontrais Amélie Antoine, après l’avoir croisée en novembre au salon du livre du Touquet. Elle est vraiment sympathique et c’est super agréable de discuter avec elles de ses livres ou d’écriture. Elle présentait en avant-première au salon de Bondues son second roman édité en papier : Tant qu’on a que l’humour (qui ne sera disponible en librairie qu’à partir du mois de mai, si je me souviens bien). J’ai donc à ce jour tous les romans papier d’Amélie Antoine dédicacés dans ma bibliothèque !

J’allais ensuite à Bondues pour faire dédicacer l’édition collector qui rassemble en un seul livre 2 romans de Samantha Bailly : Âmes jumelles / Âmes rebelles. Je n’ai encore jamais lu du Samantha Bailly (ces 2 romans seront les premiers), auteur que j’ai découverte via sa chaine Youtube où elle diffuse des vidéos-conseils sur l’écriture et le métier d’auteur. De nombreuses fans étaient là pour rencontrer Samantha.

Il y avait également de nombreux admirateurs venus voir Babette de Rozières, cuisinière que vous connaissez peut-être si vous regardez l’émission C’est à vous sur France 5. Me voilà donc avec mon premier livre de cuisine dédicacé par le cuisinier en question 🙂

Les auteurs que j’ai découverts en visitant le salon

Ce que j’adore dans les salons du livre, c’est découvrir de nouveaux auteurs. Ma moisson au salon du livre de Bondues s’élève à 2 découvertes.

© Amélie Haurhay

Tout d’abord, j’ai découvert l’auteur Guillaume Le Chevalier et son roman jeunesse L’Envol, publié aux Editions Nord Avril. Je vous en propose ici le résumé :

L’Envol

Sylvain, jeune collégien, s’installe à Perros-Guirec avec ses parents. En compagnie de son cousin Soïg, il va découvrir l’univers des oiseaux et de la mer, mais aussi s’affranchir et gagner une certaine confiance en lui.
Parrallèlement, Soleil Fou, un jeune Fou de Bassan, naît sur l’Ile Rouzic. Il fera de belles rencontres, mais va découvrir la vie et ses dangers, jusqu’au premier envol…

Leurs destins vont se croiser au moment où un projet d’extraction de sable se concrétise dans la Baie de Lannion, mobilisant une partie de la population.

Un roman sur la sensibilisation à l’environnement, voilà qui correspond à mes convictions. Je n’ai donc pas hésité. J’ai aussi apprécié la discussion avec cet auteur sympathique.

En attendant patiemment le moment de ma dédicace avec Babette de Rozières, je me suis intéressée aux romans de son voisin, Eric Fouassier. Cet auteur écrit des romans policiers historiques. Je me suis laissée par les 2 déjà parus. Je vous en livre ci-dessous les résumés.

Le piège de verre

1503, trois alchimistes sont retrouvés assassinés, d’étranges lettres gravées sur le front. Convaincue qu’un complot se trame à l’ombre de la Couronne, la reine Anne de Bretagne fait appel, pour mener l’enquête, à la jeune apothicaire Héloïse Sanglar, accompagnée du baron de Comballec, un soldat autoritaire et rude. Afin de déjouer la machination conçue par un esprit dérangé, les voici contraints de décrypter les énigmes et codes secrets d’un mystérieux parchemin.

Vitrail aux pouvoirs mortifères, sciences occultes, disparitions mystérieuses… les menaces pleuvent sur Héloïse, bien décidée à venir à bout des adversaires du roi. mais les temps sont difficiles quand on est une femme, et, afin de survivre, il lui faudra l’aide de tous ses alliés, peut-être même celle de son amour de jeunesse, le chevalier Bayard. À moins que l’attrait grandissant que Comballec exerce sur elle ne bouleverse ses plans…

Bayard et le crime d’Amboise

1498, Charles VIII meurt à Amboise. La tête du roi aurait violemment heurté un linteau de pierre et il aurait succombé à ses blessures. Tous pensent qu’il s’agit d’un accident. Tous, sauf un quasi-inconnu qui vient de se distinguer à la bataille de Fornoue, lors de la première campagne d’Italie.
Le seigneur de Bayard, malgré sa jeunesse, ne manque pas d’audace. Bien que nul ne semble avoir pu approcher le roi, il est convaincu que celui-ci a été assassiné. Épris de justice, il demande l’accord du premier chambellan, Philippe de Commynes, ainsi que la bénédiction de l’épouse du roi, Anne de Bretagne pour élucider ce crime impossible. Mais il doit faire vite, avant que ne se dispute la succession au trône, et il s’engage, avec le soutien de la belle Héloïse Sanglar, dans une véritable lutte contre le temps.

Voilà donc de nouvelles belles lectures dans ma Pile à Lire, avant de me rendre à Paris samedi pour le salon Livre Paris 🙂 Ma bibliothèque va prochainement avoir un sérieux problème de place !

Atelier d’écriture : La place des couleurs

Dans l’atelier d’écriture 258 du blog Bricabook de Leiloona de cette semaine, nous retrouvons à nouveau une photographie de Fred Hedin.

Photographie de Fred Hedin

© Fred Hedin

Cette photographie assez originale m’a inspiré le texte suivant. Il est bien différent de mes textes précédents, mais j’avais envie de changer de forme, de ton et de style, ne pas rester uniquement figée dans le cheminement intérieur d’un personnage en quête de réponse. Je vous en souhaite une bonne lecture 🙂

La place des couleurs

Blanc, Rouge et Jaune bougonnent dans leur coin.

– Il a pris toute la place !

– Oui, on ne nous voit quasiment pas.

– Ce n’est pas possible de prendre autant de place

– Bonjour Blanc, bonjour Jaune, bonjour Rouge. Vous allez bien ? demande Bleu d’un ton joyeux.

– Non, nous n’allons pas bien, répondent en chœur les trois couleurs.

– Mais pourquoi cela ? demande Bleu d’un air intéressé.

– Mais parce que tu prends toute la place sur cette photo !

– Nous ne pesons pas grand chose sur cette photo. Personne ne va prêter attention à nous, se lamente Rouge.

– Ce n’est pas à toi de dire ça, fait remarquer Blanc. Le rouge attire l’oeil. Tu as beau ne pas être très présent sur cette photo, les spectateurs te remarqueront immanquablement. Nous, c’est autre chose.

Bleu resta muet quelques instants face à ces critiques.

– Excusez-moi, je ne cherchais pas à prendre toute la place.

– Oui, c’est ce que tu dis. Allez, laisse nous tranquille et vas t’en, répond Jaune, encore plus bougon.

– Mais je ne peux pas m’en aller, se défend Bleu.

– Pourquoi cela ? demande Blanc.

– Mais parce que je suis partout, répond Bleu d’un ton naturel. Nous ne sommes pas uniquement des couleurs, nous représentons des choses, qui s’interconnectent entre elles.

– Comment cela ? demande Blanc de plus en plus curieux.

– Je suis le bleu du ciel. Le ciel est partout, il surplombe tout ce qui est sur Terre. On me regarde avec envie. L’Homme cherche depuis si longtemps à me connaître, à me maîtriser qu’il a fait de moi un rêve.

– Oui, c’est ça, continue de bougonner Jaune. Toi, tu fais rêver les Hommes et nous, nous ne valons rien.

– Mais pas du tout, s’exclame Bleu. Rouge, Blanc et Jaune, ici vous représentez une maison, là où vivent les Hommes. Vous symbolisez son attachement à la terre, là où ses rêves deviennent réalité.

– N’empêche, tu prends toute la place, continue de bougonner Rouge.

– Tu pourrais dire que pour une fois, on m’accorde beaucoup de place, souligne Bleu d’un ton taquin.

– Quelle bêtise tu vas encore inventer ? répond Rouge, agacé.

– Tu n’as jamais remarqué que le ciel est quasiment tout le temps un simple élément du décor et du cadre, rarement le sujet de la photo ?

Rouge rougit encore plus à cette remarque.

– C’est vrai, je n’y avais jamais pensé.

– Tu ne t’en es jamais plaint ? demande Jaune.

– A quoi cela servirait-il ? Tout dépend de l’œil qui regarde les choses. Comme je suis partout, personne ne pense à moi comme à un sujet. Ici, on m’a accordé beaucoup de place, j’aimerais en profiter pour une fois. Et puis, Rouge, Jaune et Blanc, si le cadrage avait été différent, si vous aviez été le sujet central de ce cliché, si on n’avait vu que vous, croyez-vous qu’on parlerait autant de cette photo ? Je vous l’ai dit, nous représentons des choses qui s’interconnectent entre elles. Ici, je prends beaucoup de place et paradoxalement, ça vous met en valeur.

Bleu continue de se promener, souriant et joyeux, comme le bleu pur d’un beau ciel d’été peut rendre souriant et joyeux celui qui le regarde.

Rouge, Jaune et Blanc restent silencieux un moment, semblant observer le monde qui se déroule à leurs pieds. Au bout d’un moment, Rouge s’interroge.

– Bleu, tu es encore là ?

– Je te l’ai dit, je suis partout. Bien sûr que je suis encore là.

– Finalement, on aime bien la place que tu prends sur cette photo.

Atelier d’écriture : L’œil retrouvé

Pour ce nouvel atelier d’écriture, Leiloona du blog Bricabook nous a de nouveau proposé une magnifique photographie de Vincent Héquet.

Photographie de Vincent Héquet

© Vincent Héquet

Voici le texte que cette photographie m’a inspiré.

L’œil retrouvé

Ça faisait bien longtemps que l’appareil n’avait pas servi et qu’il ne l’avait pas emmené en ballade.

A ceux qui lui demandaient pourquoi, il répondait qu’il n’avait plus le temps. La vérité, c’est qu’il avait perdu son œil, cette curiosité, ce qui faisait sa singularité quand il fixait son objectif vers une personne ou un lieu.

Il ne savait pas trop pourquoi. Les derniers clichés qu’il avait pris lui semblaient trop fades, trop banals, vides de cette singularité. Il avait l’impression que n’importe qui aurait pu prendre ces photos, et il s’en voulait. Pas de ressembler aux autres, mais de ne plus se ressembler. Lui qui était attaché aux moments de grâce qu’offre la vie, la vie était absente de ses clichés. Il ne se reconnaissait plus dans les photos qu’il prenait et il redoutait le moment où d’autres s’en rendraient compte. Alors, il avait remisé appareil et sacoche au fond du placard et s’était rangé derrière cette excuse.

Quand ces vacances s’annoncèrent, il dut sortir la sacoche de l’armoire pour prendre sa valise.

« Après tout, pourquoi pas ? », se dit-il.

Pendant les premiers jours, l’appareil resta rangé bien au chaud dans son bagage. Jusqu’à ce qu’il visite cette réserve animalière. Jusqu’à ce qu’il remarque cette petite fille qui s’était éloignée de sa famille au moment du pique-nique et s’était sagement installée sur cette racine, tendant sa petite main garnies de miettes. Jusqu’à ce qu’il voit s’approcher, tout doucement d’abord puis de manière plus bondissante, un jeune kangourou aventurier qui, lui aussi, s’était éloigné de sa famille. Jusqu’à ce que ces deux petits êtres se rapprochent, simplement mus par leur curiosité naturelle, sans être aucunement gêné par le bruit ou le monde ambiant, sans qu’aucun autre être humain ne vienne empêcher cette rencontre, sans qu’aucun autre animal ne vienne réclamer sa part de miettes.

Alors, devant la magie simple de cet instant, il sortit rapidement mais discrètement son appareil, ne chercha pas quels réglages seraient les plus adaptés. Il ajusta simplement son œil pour capter le cadre qui traduirait le mieux cet instant unique et tendre, cette petite étincelle de vie. Le jeune kangourou s’éloigna à peine quelques secondes après qu’il eut le temps de prendre quelques clichés. La petit fille rejoignit tranquillement sa famille. Cette rencontre n’existait désormais que grâce à ses photos. Il en était heureux. Il venait de redonner un sens à ce qu’il photographiait. Il avait retrouvé son œil.